"Qu'on fasse confiance aux maires"

Entretien d'André Laignel à l'Yonne Républicaine dans son édition du 15 mars 2016.

Vice-président de l'Association des Maires de France (AMF), le socialiste André Laignel interviendra cet après-midi à l'assemblée générale des maires de l'Yonne, présidée par Mahfoud Aomar, à Joigny.

 

M. Laignel, vous êtes maire d'Issoudun depuis 1977. Qu'est-ce qui vous a poussé à exercer cette fonction et à vous représenter ?

La force de la conviction ! Parmi les différents mandats que j’ai exercés au cours de mon parcours politique –maire, président du conseil général, député, député européen, ministre- celui de maire est à mes yeux le plus passionnant. C’est un engagement qui vous place au plus près des besoins et des attentes des concitoyens. Cette proximité est une force, elle permet de porter des politiques concrètes, qui ont un impact direct sur le quotidien des habitants (logements, crèches, musées, équipements sportifs,…).

Quelles sont les évolutions les plus marquantes de la fonction de maire ? Quel est le rôle du maire aujourd'hui ? De quels leviers dispose-t-il pour se faire entendre ?

Comme tous les autres niveaux de collectivités, la commune a bénéficié du mouvement de décentralisation amorcé par la gauche en 1982. Même s’il subit parfois quelques reculs, ce processus s’est poursuivi au cours des dernières décennies et il se traduit par un nombre toujours plus important de compétences exercées par les communes. Pourtant les moyens alloués aux maires pour exercer ces nouvelles responsabilités ont tendance à baisser.

Une autre évolution notable est la place essentielle qu’occupent désormais les maires pour faire vivre le lien social. Alors que le sentiment de défiance à l’égard des élus ne cesse de progresser, alors que le vivre-ensemble est de plus en plus menacé, les maires sont les élus dans lesquels les citoyens gardent de loin le plus confiance. Les maires sont au contact de leur population et constituent ainsi les piliers sur lesquels repose la République. C’est justement le message que porte l’Association des Maires de France qui, forte de sa pluralité et de son expérience, est le porte-voix de tous les maires.

 

En 2014, plusieurs communes ont peiné à trouver des candidats aux élections municipales. Comment l'expliquez-vous ?

C’est effectivement un problème préoccupant même s’il faut relativiser ; le phénomène n’a concerné qu’une infime partie des 36 600 communes qui font la richesse de notre pays. Les raisons sont connues depuis longtemps ; elles tiennent essentiellement au décalage entre le poids des responsabilités et la faiblesse du statut de l’élu. Mais il ne faut pas non plus omettre l’impact des menaces qui pèsent de plus en plus sur l’existence même des communes. 

Justement, dans le dernier rapport d'activité de l'AMF, vous identifiez deux menaces pour l'avenir des communes : la course au toujours plus grand, avec un glissement des intercommunalités vers des supracommunalités parfois imposées ; et le risque d'assèchement des ressources financières. Ces risques sont-ils toujours d'actualité ? Les communes sont-elles menacées de disparition au profit des intercommunalités ?

Ces risques sont précisément le cœur de l’actualité pour les communes de France. Les maires sont en effet pris en étau entre d’une part une lente et insidieuse dilution de leurs compétences au profit des intercommunalités et d’autre part la baisse constante de leurs moyens, au premier titre desquels la dotation globale de fonctionnement (DGF). A moyen et long terme, cet effet-ciseau conduit inexorablement à la disparition des communes, même si l’objectif n’est jamais affiché –ni même toujours pensé- comme tel.

 

Quelles réponses opposez-vous à ces menaces ?

Je demande simplement qu’on fasse confiance aux maires. Par exemple, pourquoi s’obstiner à imposer autoritairement un seuil de population minimum pour la mise en place d’intercommunalités alors que les élus locaux sont les mieux placés pour choisir le périmètre le plus adapté aux réalités de leur territoire ? On retrouve malheureusement la même logique pour certaines compétences, qui sont retirées aux communes  pour être attribuées d’office aux EPCI, sans prise en compte des besoins locaux. Quant à la baisse des ressources, cela fait plusieurs années –car la tendance a débuté avant 2012- que l’AMF alerte sur ses conséquences en termes de réduction de services ou de chute de l’investissement. Toutes les études tendent aujourd’hui à prouver que nous avions raison. J’ai envie de croire que notre  travail de persuasion finira par porter ses fruits et que nous connaitrons un infléchissement de cette  politique qui pénalise avant tout l’emploi et la croissance.